Je vis à Paris depuis plus de 30 ans, et je ne me lasse pas de contempler ce clocher, dont la simple élégance me réjouit à chaque fois. L'art roman exprimait dans sa pureté la simplicité de la foi, la modestie d'une existence, avant que le gothique ne vienne tout compliquer.
L'église Saint-Germain est un raccourci de l'évolution : le clocher est purement roman, l'arrière gothique primitif. Pendant un temps, cette église fut la sépulture de quelques rois mérovingiens, dont le règne a été décrit par Fustel de Coulanges, un historien du 19e siècle, comme "un despotisme, tempéré par l'assassinat".
Aujourd'hui, en des temps (à peine) plus civilisés, ce clocher veille sur la douceur de vivre du quartier. Construit entre 990 et 1014, il a su résister à toutes les tentatives des urbanistes pour détruire la beauté partout où ils le pouvaient, ce qui tient du miracle.
Tout à côté passe la ligne de métro numéro 4, la ligne cinq fois sanctifiée (Strasbourg-Saint-Denis, Saint-Michel, Saint-Germain, Saint-Sulpice, Saint-Placide). De l'autre côté passe la rue de l'Abbaye. C'est dans ce quartier fortement connoté en références chrétiennes qu'est né l'existentialisme, dont quelques traces subsistent aux alentours de l'église (plaques commémoratives et photos dans les illustres débits de boissons avoisinants).
Malgré une dégradation certaine du quartier au fil des années (le prêt-à-porter a envahi les rues comme une épidémie, chassant les librairies), il y a tout de même un après à Saint-Germain-des-Prés.

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